Joseph-François Baudelaire, né en 1759 à La Neuville-au-Pont, en Champagne, meurt lorsque Charles a six ans. Cet homme lettré, épris des idéaux des Lumières, et amateur de peinture, peintre lui-même, lui laisse un héritage dont il n'aura jamais le total usufruit. Un an plus tard, sa mère, CarolineArchimbaut-Dufays (1793-1871) se remarie avec le chef de bataillon Jacques Aupick. Le futur poète ne pardonnera jamais à sa mère ce remariage, et l'officier Aupick, devenu ambassadeur, incarne à ses yeux tout ce qui fait obstacle à ce qu'il aime : sa mère, la poésie, le rêve, et la vie sans contingences.
Renvoyé du lycée Louis-le-Grand pour une vétille en 1839, Baudelaire mène une vie en opposition aux valeurs bourgeoises incarnées par sa mère et son beau-père. Celui-ci, jugeant la vie de son beau-fils "scandaleuse", décide de l'envoyer en voyage vers les Indes, qui prend fin à l'île Maurice en 1841.
De retour à Paris, il s'éprend de Jeanne Duval, jeune mulâtresse, avec laquelle il connaîtra les charmes et les amertumes de la passion. Dandy endetté, il est placé sous tutelle judiciaire, et connaît, dès 1842, une vie misérable. Il commence alors à composer plusieurs poèmes des Fleurs du mal. Critique d'art et journaliste, il défend en Delacroix le représentant du romantisme en peinture, mais aussi Balzac lorsque l'auteur de La Comédie humaine est sottement attaqué et caricaturé pour sa passion des chiffres ou pour sa perversité . En 1848, il participe aux barricades, mais souhaite surtout, dit-on, exhorter les insurgés à fusiller Aupick. Plus tard, il partage la haine de Gustave Flaubert et de Victor Hugo pour Napoléon III, mais sans s'engager outre mesure dans son œuvre (« L'Émeute, tempêtant vainement à ma vitre / Ne fera pas lever mon front de mon pupitre » - Paysage dans Tableaux parisiens du recueil Les Fleurs du mal).
Les Fleurs du mal paraissent en 1857 à 500 exemplaires. Le recueil sera poursuivi en 1857 pour « offense à la morale religieuse » et « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Seul ce dernier chef d'inculpation condamnera Baudelaire à une forte amende de 300 francs, qui fut réduite à 50 francs, suite à une intervention de l'impératrice Eugénie. L'éditeur, Auguste Poulet-Malassis, s'acquitta pour sa part d'une amende de 100 francs, et dut retrancher six poèmes dont le procureur général Ernest Pinard avait demandé l'interdiction (Les bijoux ; Le Léthé ; À celle qui est trop gaie ; Lesbos ; Femmes damnées [le premier poème] ; Les métamorphoses du vampire). Malgré la relative clémence des jurés, relativement au réquisitoire qui visait 11 poèmes, ce jugement toucha profondément le poète, qui réalisa, contraint et forcé, une nouvelle édition en 1861, enrichie de 32 poèmes. En 1862, Baudelaire est candidat au fauteuil de Scribe à l'Académie. Il est parrainé par Sainte-Beuve et Vigny. Le 6 février 1862, il n'obtient aucune voix et se désiste. Par la suite il renoncera à se présenter au fauteuil de Lacordaire[4]. En 1866, l'auteur réussit à publier les six pièces condamnées, accompagnées de 16 nouvelles, à Bruxelles, c'est-à-dire hors de la juridiction française, sous le titre Les Épaves.
Le poète part alors pour la Belgique, et se fixe à Bruxelles, où il prépare un pamphlet contre ce pays, qui figure, à ses yeux, une caricature de la France bourgeoise. Pressentant la mort inéluctable de ce royaume artificiel, il résume son épitaphe en un mot : Enfin !
Il y rencontre Félicien Rops, qui illustre les Fleurs du mal. En 1866, Baudelaire entreprend en Belgique une tournée de conférences où ses talents de critique éclairé sur l'art ne déplacent guère les foules. Lors d'une visite à l'église Saint-Loup de Namur, Baudelaire a une perte de connaissance, à la suite de laquelle il subit des troubles cérébraux, en particulier d'aphasie. Il meurt à Paris de la syphilis le 31 août 1867, sans avoir pu réaliser le projet d'une édition définitive, comme il la souhaitait, des Fleurs du Mal, travail de toute une vie. Il est enterré au cimetière du Montparnasse (6e division), dans la même tombe que son beau-père, le général Aupick, et que sa mère.
Le Spleen de Paris (autrement appelé "Les petits poèmes en prose"), terminé en 1862, sera édité à titre posthume en 1868, dans une nouvelle édition remaniée par Asselineau et Théodore de Banville. À sa mort, son héritage littéraire est mis aux enchères. Michel Lévy (éditeur) l'acquiert pour 1750 francs. La troisième édition des Fleurs du Mal que préparait Baudelaire, accompagnée des 11 pièces intercalaires, a disparu avec lui.
Une première demande en révision du jugement de 1857 fut introduite en 1929 par Louis Barthou ; cependant elle ne fut pas satisfaite, aucune procédure n'existant à l'époque pour ce cas. C'est par la loi du 25 septembre 1946[6] que fut créée une procédure de révision des condamnations pour outrage aux bonnes mœurs commis par la voie du livre, exerçable par le Garde des Sceaux à la demande de la Société des Gens de Lettres. Celle-ci décida, l'année même, de demander ladite révision pour Les Fleurs du Mal, qui fut enfin rendu, le 31 mai 1949, par la Chambre criminelle de la Cour de cassation
Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881) naît à Moscou. Il a une enfance maladive, une jeunesse difficile, des études réduites à une instruction primaire. Très jeune, il connaît des traumatismes insurmontables : il voit sa mère souffrir dans la résignation et son père tué violemment. Quand à 23 ans (en 1844), il publie son premier ouvrage loué par la critique, Les Pauvres gens, Bielinski s'écrie : « Un nouveau Gogol nous est né ! » Mais Dostoïevski est impliqué dans la conspiration de Pétrachevski, arrêté et condamné à mort. Sa peine est commuée en exil. Quatre ans en Sibérie, « seulement » quatre ans grâce au tsar Alexandre III qui amnistie les condamnés politiques.
Il revient diminué physiquement et moralement de ces travaux forcés : crises d'épilepsie, besoin de solitude et caractère farouche. Il épouse en 1861 une veuve, Mme Issaïew. Cette femme dépensière et le fils
qu'elle a de son premier mariage ne le rendent pas heureux. De plus, il est lui-même un joueur incorrigible qu...
Arthur Rimbaud
1854 Naissance, le 20 Octobre, d’Arthur Rimbaud à Charleville. Son père, Fréderic Rimbaud est militaire et sa mère, Vitalie Cuif, la fille de propriétaires ruraux. Arthur Rimbaud a un frère, Frédéric et aura deux sœurs Vitalie (1858) et Isabelle (1860).
Lors de son enfance, son père est le grand "absent" et sa mère, dévote, susceptible et austère incarne une attitude qu’il rejette et qu'il va chercher à fuir. L’école va lui permettre de s’éloigner de l’emprise familiale et de découvrir les plaisirs de la lecture.
1861 Séparation des parents d'Arthur Rimbaud 1865 A partir de Pâques, Arthur Rimbaud est admis au Collège municipal de Charleville Il est brillant, premier en latin et en français, et s’éveille à la poésie .
Il rêve déjà d’être publié 1868 Il écrit les poèmes qui composeront les Etrennes des Orphelins. 1870 En janvier, Georges Izambard entre comme professeur au Collège de Charleville. Il aura une influence libératrice sur le jeune élève. Grâce à ce jeune enseignant, Arthur Rimbaud découvre les célébrités parnassiennes (Leconte de Lisle, Banville, Verlaine) avec lesquelles il entretient une correspondance. En mai, Rimbaud adresse des poèmes à Théodore de Banville
Le 29 Août, en pleine guerre entre la France et la Prusse, Rimbaud fait sa première fugue. Il est arrêté à Paris le 31 août, conduit au dépôt, puis à la prison de Mazas. Il est enfin libéré le 4 septembre.
Le 7 Octobre, deuxième fugue qui le mène à Bruxelles puis à Douai.
Il complète un ensemble de textes qui aura pour nom Le cahier de Douai . 1871 Arthur Rimbaud prend parti pour les Insurgés parisiens. Il adresse à Georges Izambard et Paul Demeny ses fameuses lettres du voyant, très marquées par cette épisode historique.
Fin Septembre 1871, il s’installe dans le cercle familial de Verlaine.
Lors d’un rituel dîner, il lira devant tout le parnasse son Bateau Ivre qui soulèvera un enthousiasme général. 1872 Début 1872, Verlaine qui a quitté sa femme Mathilde est devenu son compagnon . Ils mènent une vie d’errance entre la France, l’Angleterre et la Belgique. 1873 De janvier au début d'avril, puis du 27 mai au 3 juillet, Rimbaud et Verlaine sont à Londres. Le 3 juillet, ils se querellent et se quittent. Le 8 juillet, les deux poètes sont à Bruxelles et, le 10 juillet, Verlaine blesse son ami d'un coup de révolver. Cela lui vaudra deux ans de prison.
De retour à Roche, Rimbaud termine Une saison en enfer qui sera imprimé en Belgique en Octobre 1873, seul livre à être publié de son vivant. Une page est tournée. C’est l’adieu à la poésie 1874-1878 L'homme aux semelles de vent comme l'appelle Verlaine multiplie les voyages et les petits boulots à travers l’Europe. Il séjourne à Londres avec Germain Nouveau. Puis il va en Allemagne, en Autriche, Hollande, Suède, Danemark, Suisse et Italie. 1878 Rimbaud vit à Chypre où il dirige une équipe d'ouvriers qui exploitent une carrière. 1879 En mai 1879, la fièvre typhoïde l'oblige à retourner en France. 1880 Départ pour l’Afrique où il passe les dernières années de sa vie.
A Aden, il est engagé par l’agence Mazeran, Vianney Bardey et Cie spécialisé dans le commerce d’import–export. Il sera éprouvé par les fièvres et la syphillis et rejoint l’agence de Harar en Ethiopie en 1881. 1884 Publication de son rapport sur l’ogadine qui témoigne de sa curiosité ethnologique et linguistique. 1886-1887 Une expédition commerciale qui devait lui rapporter une fortune (un trafic de fusils et de cartouches pour le roi du Choa) tourne au désastre.
Arthur Rimbaud est de plus en plus fatigué, égaré.
Pendant cette période, le Vogue publie ses illuminations 1888-1890 Rimbaud continue à faire du commerce en Abyssinie.
1891 Au début de l'année, il souffre d’une violente douleur au genou. Il est opéré à Marseille, le 20 mai . Le 27 mai, il est amputé de la jambe droite. Il quitte Marseille pour Roche, près de Charleville.
Le 23 août, il revient à Marseille. La maladie progresse rapidement. Au début d'octobre, le bras droit est paralysé et la jambe gauche est prise de tremblements.
Le 9 novembre, il a des hallucinations.
Le 10 novembre, mort d'Arthur Rimbaud, à l'âge de trente-sept ans.
Jean-Jacques Rousseau
La mère de Jean-Jacques Rousseau meurt en le mettant au monde, à Genève. C'est son père, insouciant, vagabond et fantasque, qui l'élève. Jusqu'au 21 mars 1728, date de sa rencontre avec Mme de Warens, sa vie n'est que velléité entre la géométrie, l'horlogerie, un emploi de greffier, un vague apprentissage chez un graveur. A l'hospice des catéchumènes de Turin où elle l'envoie, il abjure le protestantisme. Jean-Jacques s'enfuit. Vagabondage, retour chez Mme de Warens.
En 1741 il est à Paris, avec un système de notation musicale dont il veut croire qu'il lui permettra de faire fortune. L'Académie le refuse, mais il rencontre Marivaux, Rameau, Diderot. Il commence de composer des opéras-tragédies. Secrétaire pendant un an et demi de M. de Montaigu, ambassadeur à Venise, il l'est de Mme Dupin dans le temps où il commence à vivre avec une lingère, Thérèse Vasseur. Il se met à écrire pour Diderot les articles à propos de la musique pour "L'Encyclopédie". Il participe à un concours proposé par l'Académie de Dijon et le "Discours sur les sciences et les arts" lui permet en novembre 1750 d'emporter le prix et de se faire connaître. Son opéra "Le Devin du village" est donné avec succès devant la Cour.
En 1755, il publie "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes", dénonciation des hiérarchies sociales, des injustices de la société. Voltaire l'attaque. Lorsque paraît en 1758 sa "Lettre à d'Alembert" sur les spectacles, ce sont les philosophes qui se détournent de lui. Depuis plusieurs mois, il a commencé un roman par lettres, "Julie" ou "La Nouvelle Héloïse". Celui-ci connaît aussitôt le succès. Mais, dès l'année suivante, ce sont de nouvelles difficultés qu'il doit affronter. A leurs sorties, en 1762, Le "Contrat social" est saisi et le traité de pédagogie qu'est "L'Emile" est condamné au feu ; quand à Rousseau, une prise de corps est décrétée. La solitude qui est la sienne et les menaces qui pèsent sur lui l'obligent à l'errance. Pour se justifier, il conçoit un livre, "Les Confessions" de Jean-Jacques Rousseau, contenant le détail des événements de sa vie et de ses sentiments secrets dans toutes les situations où il s'est trouvé. Certain d'être persécuté, il continue d'errer. Après avoir prononcé un discours sur la mort de Mme de Warens qui fait pleurer ceux qui l'entendent, en 1768, après avoir, de retour à Paris au printemps 1770, fait des lectures, des confessions, qui laissent indifférents, il reprend avec sa femme Thérèse une vie chiche, vivant de son travail de copiste de musique. Après avoir été renversé par une voiture, il commence son dernier livre, "Les Rêveries du promeneur solitaire". C'est à Ermenonville qu'il meurt, le 2 juillet 1778.